On a coupé le courant chez nous pendant 36 heures, retour d'expérience
Un samedi matin, on a baissé le disjoncteur général. Sans préparation particulière. Voici ce qu'on a découvert sur nos failles, nos surprises et les trois corrections qu'on a appliquées le lundi suivant.
On habite un appartement de 75m2 au quatrième étage à Lyon. Deux adultes, deux enfants de 7 et 10 ans, un chat. Notre kit panne courant tient dans un placard de couloir, on l'a constitué sur six mois en suivant les conseils du guide panne électricité.
Samedi 13 mai, 9h du matin. On baisse le disjoncteur général. On prévient pas les enfants à l'avance, ça fait partie du test. On annonce juste qu'on va vivre 36 heures sans électricité, jusqu'à dimanche soir. La consigne : on note tout, on s'aide entre nous, on ne triche pas (pas de smartphone branché sur batterie externe avant 18h).
Les frontales, première impression. On a 4 frontales dans une boite à chaussures, une par personne. Au moment de l'allumage à 21h ce soir-là, chacun a pris la sienne et tout s'est passé naturellement. Les enfants ont trouvé ça cool pendant 30 minutes. C'est le genre de truc évident qui devient critique quand il n'y est pas.
La radio à manivelle. On l'a sortie au déjeuner, on a écouté France Bleu Rhône-Alpes pendant 20 minutes. Bonne info météo, mais surtout : ça crée une ambiance "comme avant". Les enfants ont voulu tourner la manivelle à tour de rôle. Sympa, et utile pour quand notre fille avait peur le soir.
L'eau stockée. 24 litres en bidons de 5L sur l'étagère du haut du placard. On a tenu sans rationnement particulier, en cuisinant la pasta du soir avec l'eau du bidon (plus le robinet qui marchait encore le samedi). Dimanche matin, on est passés à l'eau stockée uniquement.
Le frigo. On le savait. Mais on n'a pas anticipé que sans courant, on n'ouvre PAS le frigo. La consigne d'ouverture limitée a tenu 4 heures. À 13h, les enfants ouvraient pour prendre une compote. À 18h, la mayo avait été ouverte trois fois "juste pour vérifier si elle est encore froide". On a perdu 4 degrés en 8 heures, là où une porte fermée perd 2 degrés en 12 heures.
Correction faite depuis : on a déménagé tout le snacking dans un placard sec, on garde uniquement les périssables dans le frigo. Si coupure : on ne touche pas, on mange dans le placard.
Le sommeil des enfants. À 22h, notre fils de 7 ans a paniqué dans le noir. Pas la peur du noir habituelle, mais une vraie angoisse parce qu'il "entendait des bruits". Sans la rumeur électrique de la maison (frigo, chauffage, chargeurs en veille), tu entends le silence et les bruits extérieurs s'amplifient. Voitures, vent, son voisin qui parle.
Correction : on a ajouté une veilleuse à manivelle (8 euros sur Amazon) qu'on rechargera pendant l'apéro chaque soir. Pour la nuit, lumière douce constante. Petit budget, gros effet.
Le réchaud. On a un réchaud Campingaz qu'on n'avait jamais sorti. À 19h, on l'a installé sur le balcon pour faire chauffer la pasta. On ne savait pas s'allumer (problème de pression). Quinze minutes à galérer avec la notice à la frontale.
Correction : on l'a sorti deux fois depuis pour le tester en plein soleil, on connait maintenant le geste. La règle qu'on retient : tout matériel d'urgence doit avoir été utilisé au moins une fois en conditions normales.
Le téléphone, beaucoup plus longue durée que prévu. En mode avion + frontale comme lampe + batterie externe 20 000 mAh, on a tenu les 36h sur un seul téléphone. On l'utilisait surtout pour l'heure et pour la calculatrice (les enfants voulaient compter "combien de temps il reste").
Le calme. À partir de 14h ce samedi, plus de notifications, plus de "il y a 6 messages WhatsApp", plus de bruit de fond TV. On a joué aux cartes pendant deux heures. On a parlé. C'est devenu le souvenir le plus marquant du test pour nos enfants. Ils nous demandent depuis "quand est-ce qu'on refait le test du noir ?".
Le froid. On a fait le test en mai, dehors 18 degrés. Sans chauffage, dans un appart bien isolé, on est descendus à 19 degrés en 24h. Confortable. En janvier avec 5 degrés dehors, ça aurait été un autre scénario, on aurait pris la couette dans le salon. À refaire en hiver pour mesurer.
- Snacking hors frigo. Plus de tentation d'ouvrir, plus de perte thermique inutile.
- Veilleuse à manivelle pour les enfants. 8 euros, anti-panique nocturne.
- Sortir le réchaud une fois par mois. Pour ne pas le découvrir le jour J.
Coût total des ajustements : 8 euros + 1 heure de temps. Le test grandeur nature a coûté 0 euro et a appris plus que 10 heures de lecture de blogs survivalistes.
On avait préparé pour le scénario panne. On n'avait pas préparé pour le scénario "vivre la panne en famille pendant que ça arrive". C'est la différence entre un kit de matériel et une routine de résilience. Le matériel se complète vite. La routine, ça demande de la pratique.
Prochaine étape pour nous : refaire le test en novembre. Sans prévenir les enfants. Pour voir si les automatismes tiennent.